Les insectes ne sont pas responsables de la dermite estivale ! # 1

Les insectes ne sont pas responsables de la dermite estivale ! # 1

« N’importe quoi, la dermite n’apparaît que quand les insectes sont là ! »

En réalité, ils ne sont que les facteurs déclenchant ou aggravant des chevaux dits « sensibles ». La question est donc de savoir pourquoi ce cheval est devenu sensible. Au final, on se moque de savoir que la salive des insectes crée une réaction sur la peau ou que telle ou telle propriété de l’épiderme équin réagit mal. Le vrai sujet est de savoir pourquoi cette peau réagit et pourquoi ce cheval est devenu sensible.

La peau est le reflet de l’interne. On ne le sait que trop bien. Quand la peau devient réactive, c’est que le déséquilibre interne est réel. Et chez le cheval, il est 3 ordres :

  1. le stress alimentaire,

  2. le stress environnemental,

  3. le stress psychologique.

Et les 3 ont un impact direct sur la sphère gastro-intestinale : Quand notre cheval a peur, est anxieux, quand on lui change son alimentation, n’a-t-on pas des crottins mous ou liquides ? Si de façon empirique nous le remarquons, nous sommes convaincus qu’une sphère gastro-intestinale malmenée créée des désordres physiques et/ou psychologiques (diarrhées, coliques, gros ventre, baisse immunitaire, fatigue, ulcères, agressivité etc…).

Et la peau dans tout ça ? En quoi est-elle concernée ? Tout déséquilibre interne entraine une modification de la peau (poils ternes, chute, repousse difficile, démangeaisons, squames, pellicules…). Elle est la voix du corps.

PARTIE #1 :  LE STRESS ALIMENTAIRE

a-    l’absence de fourrage ou d’herbe pour des individus conçus pour manger au moins 16h par jour, car "la mastication des fibres produit de la salive qui vient réguler le PH de l’estomac et limiter l’apparition d’ulcères gastriques chez le cheval… c’est tout l’équilibre du microbiote intestinal du cheval qui va pâtir d’une alimentation trop pauvre en fibres, notamment en raison des bactéries présente dans ces situations d’alimentation. Par ailleurs, une alimentation sans fibres ou pauvre en fibres favorise, chez le cheval, l’apparition de TIC, troubles du comportement, qui sont une autre source de mal-être et de problèmes de santé supplémentaire pour le cheval".

b-    une alimentation en excès de lipides "il semble que les chevaux ne soient pas adaptés pour digérer et absorber de grandes quantités de lipides - En tant qu’herbivores, ils ont évolué avec une alimentation naturellement pauvre en lipides et peuvent en obtenir suffisamment à partir des fourrages seuls - Les recherches ont démontré de nombreux bienfaits liés à une augmentation modérée de l’apport en lipides dans l’alimentation équine.), ou Une carence en protéines qui entraîne une perte musculaire et une mauvaise qualité du poil, tandis qu’un excès de protéines augmente l’ammoniac et le risque de déshydratation"

c- mais SURTOUT l’hypothèse qui se confirme depuis ces dernières années : une alimentation non adaptée à… la RACE ! car les chevaux consomment la flore pour laquelle ils ont été programmé : un Pure Race Espagnol mange une herbe rare et riche en sucre et chaque nutriment de chaque brin d’herbe est assimilé dans sa totalité. Face à la rareté, il va instinctivement en extraire le maximum pour survivre. À l’inverse, le Selle Français qui, confronté à l’apport conséquent de l’herbe de Normandie, sera capable de sélectionner uniquement ce dont il a vraiment besoin. Les races sont morphologiquement différentes. Il est erroné de penser que leur besoins sont identiques. Au-delà du bon sens, cela devient une évidence d’un point de vue éthologique.

Il est aussi acté que certaines races seraient plus sujettes aux dermites estivales : comme les PRE, frison", shetland", Islandais, welsh, shire, pur-sang arabe"… Est-ce un hasard si l’on reconsidère leur terre d’origine ?

Certes, les déséquilibres environnementaux viennent apporter un problème supplémentaire (pesticides, changement climatique… ) mais ils ne sont qu’un facteur de plus intervenant sur un cheval déjà sensibilisé. Comprendre les origines alimentaires des races pourrait réduire ce stress alimentaire et permettre à l’organisme de retrouver des apports adaptés et pour lesquels il a été programmé.

Cette hypothèse est cohérente avec l’augmentation exponentielle de chevaux atteints ces dernières années en proportion avec le nombre d’importation de races non françaises. L’absence de pathologie dermatologique jusqu’alors pouvait indiqué que leur mode « survie » était activé, jusqu’à atteindre sa limite, pour un jour commencer une dermite et d’une année sur l’autre la voir augmenter (à noter que le nombres d’insectes n’augmente pas mais diminue pas selon les observatoires d’entomologie. Les désordres cutanés apparaissent progressivement sous différentes formes : gale de boue, dermatophiloses, dermites estivales,  gale chorioptique, atopie …. La peau étant le plus gros vecteur de « sortie » des déséquilibres internes.

On entre alors dans ce qu’on appelle avec humour : « la théorie de la rillette » : un excès de gras chez l’homme qui déclenche des boutons ! Mais ce déséquilibre a une conséquence plus problématique qu’une simple explosion de boutons : il fragilise l’organisme de moins en moins apte à gérer son environnement alimentaire. La sensibilité du cheval augmente et les réponses de l’organisme deviennent plus flagrantes et plus fortes, voir démesurées. Supplémenter par telle ou telle plante peut être une solution, sous réserve que celle-ci corresponde aux réels besoins de l’individu. 

Mais on a toujours fait comme ça !

"On a toujours nourri de la même façon et cela n’a jamais posé de problème". Oui en effet, mais les races ont toujours été majoritairement les mêmes, celles de chez nous. L’augmentation des races importées a considérablement augmenté ces 30 dernières années. L’alimentation, elle, est toujours restée « cheval de loisir, de sport, élevage, senior… ». Si l’amidon, les céréales, la mélasse sont de plus identifiés comme des facteurs de déséquilibres, les ingrédients ne semblent pas encore toujours adaptés aux différentes races équines et leurs réels besoins respectifs.

Les dermites ont augmenté de façon exponentielle ces dernières années. Notre regard ne devrait-il pas changer ? Nous utilisons des compléments, des nutritionnistes et pourtant les choses ne changent pas, elles s’aggravent. N’est-il pas évident que chaque race est différente alors pourquoi les nourrir de la même façon sous prétexte que ce sont tous des chevaux?

OBSERVEZ LES ENVIRONNEMENTS ET VOYEZ LES DIFFÉRENCES :

ENVIRONNEMENT D'ORIGINE D'UN CHEVAL CAMARGUAIS (France):

La Camargue comporte une flore particulièrement riche. Malgré l’absence de relief, plus de 1000 espèces de plantes à fleurs sont recensées soit près de 1/4 de la flore de France. La diversité des milieux naturels, des paramètres liés au sol et à l’eau douce et salée ainsi que la climatologie sont à l’origine de cette richesse. Eau, marais, sansouires, roselières, et surtout des plantes gorgées de sel. Halophiles ou halophytes selon qu’elles ont besoin du sel ou le tolèrent simplement.

cheval camarguais

ENVIRONNEMENT D'ORIGINE D'UN PONEY SHETLAND (Iles Shetland, Écosse):

"Pâturages et des conditions climatiques difficiles (climat océanique, venteux, et très pluvieux) et donc d’un nombre d'espèces végétales relativement limité. La flore est gorgée d’eau et peu riche et très peu variées en terme d’apport nutritif. « Les plaines sont arides, le vent n’a de prise sur aucun objet. Pas un arbre, pas une broussaille, pas une seule plante, dont la tige s’élève de plusieurs pieds au-dessus du sol, ne croît et ne se balance à la surface de ces terres dépouillées. Un jonc court et des roseaux nains couvrent le fond des vallées humides, un gazon ras ou une mousse spongieuse tapissent toutes les collines, et revêtent d’un éclatant manteau de verdure le terreau noirâtre et le sol tourbeux des plaines. Une avoine maigre et une orge chétive sont les seules plantes céréales qu’on cultive dans les îles Shetland ; encore ne croissent-elles qu’à grand’peine dans le voisinage des hameaux, dans les parties du pays les mieux abritées, et qui forment à peine le trentième des terres cultivables » Les îles Shetland. — Patrick Stuart"

shethland et dermite

ENVIRONNEMENT D'ORIGINE  D'UN SELLE FRANÇAIS (France, Normandie):

Les prairies permanentes de cette région présentent une forte diversité floristique avec 612 espèces prairiales relevées dont 61 espèces de graminées, 45 de légumineuses et 506 de plantes diverses. 

selle français et dermite estivale

ENVIRONNEMENT D'ORIGINE D'UN FRISON (Hollande) :

Le climat tempéré permet à l'herbe de pousser et de rester verte la majorité de l'année dans les dunes comme dans les vasières et autour des lacs et des deltas marécageux. Les marais, la lande et les tourbières constituent l'autre paysage le plus commun.

frison et dermite estivale

ENVIRONNEMENT D'ORIGINE D'UN P.R.E (Espagne)

Une grande partie de l'Espagne est façonnée par un climat méditerranéen, avec des étés chauds et secs et des hivers doux. Les précipitations sont limitées et arrivent souvent par courtes averses, créant des paysages d'oliviers, de chênes-lièges et d'arbustes bas comme le romarin et le thym. La végétation y est rase, peu abondante et est souvent composée de  garrigue et de maquis.

Pure Race Espagnol et dermite estivale

ENVIRONNEMENT D'ORIGINE D'UN ISALNDAIS (Islande):

Terre froide et désertique, l’Islande est essentiellement peuplée de plantes non ligneuses (végétal qui n’est pas un arbre) : champignons, mousses, lichens, et graminées.

Références

2017, Diminution de plus de 75 % sur 27 ans de la biomasse totale d'insectes volants dans les aires protégées [revue Plos One] Hallmann CA, Sorg M, Jongejans E, Siepel H, Hofland N, et al. (2017) More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PLOS ONE 12(10): e0185809. 

2021, Avis de l’Académie des sciences sur le déclin des insectes. Plusieurs scientifiques alertent sur l’urgence de freiner le déclin des insectes et rappellent les risques majeurs qu’il fait porter aux écosystèmes. Jactel, H., Imler, J.L., Lambrechts, L., Failloux, A.B., Lebreton J.D., Le Maho, Y., Duplessy, J.C ., Cossart, P. & Grandcolas, P. (2021). Le déclin des insectes : il est urgent d’agir ; Insect decline: immediate action is needed. Comptes Rendus Biologies

Pourquoi limiter les fourrages est un facteur de risque pour la santé du cheval ? https://www.croixdusudlaboratoire.com/fr/articles-guides/articles/pourquoi-limiter-les-fourrages-est-facteur-risque-pour-sante-cheval,214.html

https://www.ifce.fr/wp-content/uploads/2022/09/GUIDE-10-bonnes-pratiques-pour-nourrir-le-cheval-a-l-ecurie.pdf

Étude du comportement alimentaire des chevaux sur parcours https://hal.inrae.fr/hal-03656386v1/document

https://madbarn.ca/fr/matieres-grasses-dans-alimentation-du-cheval/?srsltid=AfmBOoqvF6ML8ncTL_tAei-JOwV26ZLV8_tWzrisGOhpFemtHHWh7Xhq et Geor, R.J. et al. Chapter 7: Fats and Fatty Acids. Equine Applied and Clinical Nutrition: Health, Welfare and Performance. 2013.

https://madbarn.ca/fr/proteines-dans-alimentation-equine/ Les protéines dans l’alimentation équine : besoins nutritifs, sources et acides aminés Dr. Christine Latham, Ph.D.

Race et alimentation du cheval https://www.techniquesdelevage.fr/article-race-et-alimentation-du-cheval-39762094.html

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