Etude des facteurs influençant la survenue de Dermites Equines en France

Synthèse des résultats et observations – juillet 2017


Au cours de l’année 2016, l’observatoire Animaderm a diffusé un questionnaire en ligne destiné aux propriétaires d’équidés atteints ou non de dermites équines. L’objectif de cette enquête consistait à identifier les facteurs influençant la survenue et l’étendue des allergies cutanées équines en France par une étude épidémiologique de type « cas (=chevaux atteints de dermite) /témoins (=chevaux sains) ». Le questionnaire comportait des questions relatives à l’équidé lui-même (type d’équidé, race, âge, sexe, type de papiers) ou à son environnement et sa gestion (mode de vie, intensité de travail en automne-hiver et au printemps-été, type et quantité d’aliment complémentaire de fourrages, type et fréquence de distribution des fourrages, accès à une pierre à sel, administration ou non d’un CMV, note corporelle, suivi dentaire), ainsi que des questions relatives à l’étendue et la durée des grattages chez les chevaux atteints de dermite.

Nous tenons à remercier vivement tous les participants et en particuliers les propriétaires de chevaux non atteints de dermites, puisque la principale incertitude de cette étude reposait sur leur participation en nombre suffisant pour pouvoir mener à bien les analyses statistiques comparatives.

Nous avons pu recueillir 1959 formulaires complets et valides, dont 50.01% de chevaux sains et 49.99% de chevaux dermiteux. Il s’agit là de la première étude de grande envergure menée sur les dermites équines. Pour la première fois au niveau international, des indicateurs de pratiques alimentaires et de condition corporelle ont été pris en compte.

D’après les analyses statistiques des données recueillies, le développement de dermites ne serait lié ni à l’âge, ni au sexe, ni au mode de vie de l’animal (pré/box/paddock, en troupeau ou non.). On observe en revanche un lien statistique fort entre les dermites et le type d’équidé, l’intensité de travail au cours de l’année, l’accès aux fourrages au printemps-été et le mode de distribution de celui-ci au cours de l’année, la note corporelle et le suivi dentaire. On observe également des différences entre races, certaines semblant plus exposées que d’autres.


Ces différents points sont développés dans les paragraphes suivants.

I - Effet du type d’équidé (chevaux de selle/chevaux de trait/poneys/ânes)

Parmi les 1959 réponses incluses dans l’analyse, 67.9% concernaient des chevaux de selle, 27.3% concernaient des poneys, 3.5% des chevaux de trait, et 1.3% concernaient des ânes. De façon générale, la proportion des différents équidés représentés dans l’étude reflète à peu de chose près celle recensée par l’IFCE à l’échelle nationale, suggérant une bonne représentativité des données récoltées par rapport à la population totale d’équidé en France.

repartition equidés

Repartition sains/dermiteux


On observe une différence significative dans la proportion de dermiteux entre les différents types d’équidés recensés : les poneys et les chevaux de traits semblent plus exposés que les chevaux de selle. Concernant les ânes, la proportion de dermiteux y est la plus importante, mais cette observation doit être considérée avec prudence du fait du faible nombre de propriétaires d’âne ayant participé à l’étude.

II - Effet de l’exercice physique

La proportion de dermiteux est supérieure chez les individus inactifs ou exerçant une activité faible (moins de 3 heures/semaine) que chez les individus soumis à une activité d’intensité plus importante quelle que soit la saison et indépendamment du type d’équidé.

Intensité du travail

repartition du travail hiver


Pour expliquer ces résultats, deux effets possibles :
- un effet bénéfique de l’activité physique sur les dermites : le travail aurait donc un effet protecteur contre les dermites,
- ou à l’inverse, un effet direct des dermites sur l’intensité de travail : en effet il se peut que les chevaux atteints de dermite soient considérés comme moins opérationnels ou performants (du fait des démangeaisons et des lésions cutanées qui en résultent) et donc moins travaillés que leurs homologues sains.

Les deux effets peuvent co-exister, et il n’est pas possible de les départager dans cette étude. Ceci a nécessité une grande prudence et un ajustement dans l’analyse et l’interprétation des autres facteurs étudiés (normalisation par niveau d’activité, étude des interactions.).

III - Effet de la note corporelle / état d’embonpoint

Pour évaluer l’état d’embonpoint des équidés, nous avons adopté un système de notation de la région costale basé sur une échelle de 1 à 5 :

1 : cheval maigre (Toutes les côtes sont bien visibles. On les sent très bien en caressant le cheval)
2 : cheval mince (les côtes sont légèrement visibles et toutes sont facilement palpables)
3 : note optimale (les côtes ne sont pas visibles, mais facilement palpables une à une)
4 : cheval en surpoids (les côtes ne sont pas visibles et seules les deux dernières paires sont facilement palpables)
5 : cheval obèse (les côtes ne sont pas visibles et non palpables).

On observe un lien très hautement significatif entre la note corporelle et les dermites, les dermites étant significativement plus fréquentes chez les individus de note corporelle élevée (notes de 4 et 5/5) que les individus de note corporelle plus faible (notes 1, 2). Le ratio chevaux dermiteux/sains augmente ainsi linéairement avec la note corporelle.

Note corporelle sain/dermiteux

equidé sain dermiteux

Ratio sain dermiteux


Les chevaux de traits, les ânes et les poneys, qui semblent plus exposés aux problèmes de dermite, ont également une note corporelle moyenne plus élevée que les chevaux de selle, qui semblent eux moins exposés.

Note corporelle moyenne par equidés
sains/dermiteux en fonction type d'équidés


Dans cette étude, la note corporelle n’est pas corrélée (ou très faiblement) à l’intensité de travail des équidés, quelle que soit la saison, et quel que soit leur type (ânes, chevaux de trait, de selle, ou poneys).  Les différences de notes corporelles observées entre les individus sains et dermiteux ne sont donc pas liées directement aux différences d’intensités de travail observées au sein des deux groupes au cours de l’année. De plus, lorsque l’on considère les groupes de même intensité de travail, le lien statistique entre dermite et note corporelle est maintenu. D’après ces résultats, le surpoids apparaitrait donc comme un facteur favorisant l’apparition des dermites chez les équidés.


IV - Effet de l’alimentation

La proportion de dermiteux est significativement plus forte chez les chevaux ne recevant pas de fourrages au printemps-été. On observe également un effet du mode de distribution des fourrages, la proportion de chevaux dermiteux étant significativement plus faible chez les chevaux ayant à disposition des fourrages à volonté que chez les chevaux nourris au foin de façon fractionnée au cours de l’année.

Aucun lien entre les dermites et le type de complément (granulés/floconnées industriels, céréales, alimentation mixte) n’a été mis en évidence dans cette étude. De façon générale, plus l’intensité de travail augmente, plus la quantité de complément fournie à l’équidé tend à être importante, que ce soit pour les individus sains ou ceux atteints de dermite.

Les propriétaires semblent également plutôt bien adapter la quantité de la ration à l’état corporel de leur équidé : la quantité d’aliment de compléments distribuée diminue avec l'augmentation de la note corporelle, les chevaux en sous-poids recevant d’avantage d’aliments que les individus en surpoids.

V - Effet du suivi dentaire

Un lien très fortement significatif est observé entre les dermites et le suivi dentaire. Ainsi la proportion de chevaux dermiteux est plus élevée chez les équidés ne faisant pas l’objet d’un suivi dentaire, et plus faible chez les chevaux suivis annuellement par un dentiste.

suivi dentaire1

fréquence du suivi dentaire

VI - Les races


On n’observe pas de lien statistique entre les dermites et le type de papiers de l’équidé (PP, OC, ONC). Tous semblent touchés dans les mêmes proportions. Cependant, afin d’évaluer l’impact des origines sur les dermites, nous nous sommes focalisés sur les individus plein papiers, celles des OC et ONC étant plus incertaines.

Certaines races semblent plus exposées que d’autres : on observe en effet une proportion particulièrement élevée d’individus atteints de dermite chez les Frisons, les chevaux de Pure Race Espagnole, les Irish cobs, les Camargues et les Minorquins pour les races de chevaux de selle, et les Shetlands, les Poneys Français de selle et les Haflingers pour les races de poneys. D’autres races semblent au contraire moins touchées que les autres : tel est le cas des chevaux Pur Sang Anglais, Trotteurs Français, Selle Français et Hanovriens.


etude dermite

etude dermite 2

VII - Autres facteurs


Les analyses ont également mis en évidence un lien significatif, mais de plus faible contribution, entre les dermites et :

- L’administration de compléments vitaminiques et minéraux (CMV), la proportion de dermiteux étant plus importante chez les individus non complémentés avec un CMV
- L’accès à une pierre à sel : la proportion de chevaux dermiteux est plus faible chez les chevaux ayant une pierre à sel à disposition

Conclusions :


Cette étude observationnelle a permis de mettre en évidence un lien entre les dermites équines et un certain nombre de facteurs d’exposition. Ces résultats devront être confirmés par des études dites de cohorte, dans lesquelles ces différents facteurs d’exposition seront contrôlés et/ou modifiés pour suivre l’apparition et l’évolution des dermites au cours du temps, sur différents groupes d’individus.

Si le surpoids a été associé jusqu’à présent à de nombreux troubles chez les équidés, comme la fourbure, le diabète, ou encore la maladie de cushing, c’est la première fois qu’une association avec les allergies cutanées est mise en évidence.
L’existence d’un tel lien dans cette étude ne permet pas de dire si le phénomène serait réversible, autrement dit, si une perte de poids permettrait d’atténuer ou de faire disparaitre les symptômes une fois le surpoids installé. Une étude clinique avec gestion du surpoids et suivi des individus devrait pouvoir répondre à cette question.

Sites de grattages :
Il est intéressant de souligner que les principaux sites de grattage observés dans le cadre des dermites se situent au niveau des principaux sites de stockage de graisse sous-cutanée :
- la base de la crinière (dans 92% des cas),
- la base de la queue (87%)
- la croupe (31%).

Les épaules et le garrot, qui n’ont pas fait l’objet de référencement dans notre questionnaire, sont également des sites de stockage préférentiel des graisses en sous-cutanés et sont également souvent affectés dans le cadre des dermites.

On remarquera également que parmi les races plein papiers représentées dans l’étude, les plus touchées semblent être les plus rustiques, que l’on peut également qualifier de « easy-keepers ».

Préconisations :


- Evitez le plus possible le surpoids de votre équidé : limitez l’apport d’aliment complémentaire de type céréales ou granulés et privilégiez les fourrages. Ne laissez jamais votre cheval à jeun pour le faire maigrir, vous l’exposerez à de graves problèmes métaboliques. Inutile également de restreindre la durée du pâturage, car le cheval va adapter sa vitesse d’ingestion de l’herbe et manger autant (voire plus) en moins de temps.
- N’hésitez pas à travailler davantage votre cheval, et ce, même si la dermite est déjà installée : ce n’est pas parce qu’il est atteint de dermite qu’il doit pour autant rester au pré sans travailler. Si le bénéfice de l’exercice physique en lui-même sur les dermites n’a pu être pu être mis clairement en évidence dans cette étude, le travail n’apparait pas comme préjudiciable et il a le mérite de contribuer au contrôle du surpoids.
- Donnez du foin à votre cheval tout au long de l’année et à volonté, y compris pour les chevaux vivant au pré et qui ont pourtant de l’herbe à disposition. En effet, la valeur nutritionnelle de celle-ci varie énormément en fonction de la qualité des pâtures, des sols et des saisons. Les espèces végétales que l’on trouve dans nos pâtures ne sont pas toujours adaptées aux besoins physiologiques de nos équidés, surtout au printemps. Attention à la paille en guise d’alimentation, riche en fibres non digestibles pouvant provoquer des troubles digestifs, comme des coliques de stase.
- Choisissez un foin de qualité, ni trop jeune (plus de 3 mois), ni trop vieux (pas plus d’un an), bien diversifié, d’une couleur vert pâle et d’une odeur agréable. Idéalement, le foin doit être donné en continu. Pensez aux filets à foin, à petites mailles pour les plus gloutons.
- Contrôlez la dentition de votre cheval chaque année. Comme nous l’avons vu dans l’étude, il existe un lien entre la qualité du suivi dentaire et les dermites. Les problèmes dentaires peuvent être à l’origine de nombreux troubles physiologiques et une mauvaise assimilation des nutriments. Un contrôle annuel est nécessaire pour limiter leur survenue, quel que soit l’âge de votre animal.
- Donnez à votre cheval un CMV de qualité et adapté à ses besoins, et laissez-lui une pierre à sel à disposition. Si les chevaux régulent plutôt bien leur consommation de sel en fonction de leurs besoins, ce n’est pas le cas pour les vitamines et autres minéraux ou oligo-éléments. Evitez donc si possible les CMV en libre service, type seau ou bloc, qui ne permettent pas de contrôler la prise quotidienne. Ces mélanges contiennent le plus souvent de la mélasse ou d’autres appétants qui risquent d’entrainer un surdosage chez certains gourmands.

Perspectives de recherche


Des recherches récentes ont montré l'existence de cellules souches capables de se différentier en mastocytes dans le tissu adipeux. Ces cellules immunitaires sont impliquées notamment dans les processus allergiques via la libération de molécules pro-inflammatoire et d’histamine. Chez l’humain et la souris, le nombre de mastocytes augmenterait au sein du tissu adipeux chez les individus obèses, et l’obésité serait associée à une incidence accrue d’allergies respiratoires chez ces mêmes espèces. Il serait intéressant de voir s’il en est de même chez les équidés en procédant à des analyses de biopsies du tissu graisseux sous-cutané, chez des individus sains et dermiteux de notes corporelles différentes.

Des recherches ont également montré par ailleurs que certaines races identifiées comme plus sensibles dans notre étude avaient un taux d’insuline naturellement plus élevée que la moyenne, et seraient davantage exposées au problèmes de diabètes et de pathologies associées (fourbures, SME). Tel est le cas des frisons et des races d’origines ibériques (PRE, minorquins) et de nombreux poneys. Etudier le lien entre les dermites et l’insulinémie, voire le diabète, est une piste de recherche que nous envisageons d’explorer.

Ces observations sont autant de pistes de recherche que l’Observatoire Animaderm va s’attacher à analyser dans les années à venir.


Etude dermite Observatoire animaderm

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